Accueil / Le saviez-vous ? / Il y a 102 ans, la grippe espagnole sévissait chez nous

Il y a 102 ans, la grippe espagnole sévissait chez nous

Les pandémies dévastatrices ont sévi à de nombreuses reprises. L’histoire en a retenu deux particulièrement calamiteuses. Au milieu du XIVe siècle, ce fut la peste noire, propagée par les rats. Plus près de notre époque, la grippe espagnole a entraîné la mort d’au moins 20 millions de personnes dans le monde en 1918-1919.

Emergence fulgurante

Cette grippe apparaît en mars 1918 aux Etats-Unis chez un éleveur de canards du Kansas enrôlé dans l’armée. Puis elle arrive par nos ports avec les soldats américains engagés à nos côtés dans la guerre. La maladie se transmet rapidement durant les hostilités à tous les belligérants et aux civils puis rapidement au monde entier. Le mal fut d’abord pris pour une variante banale de la grippe, ou pour une maladie exotique qualifiée de « pneumonie des Annamites ». Mais bientôt il fallut bien se rendre à l’évidence : on avait affaire à une maladie inconnue. Le premier pays à en parler dans les journaux fut l’Espagne, qui était alors neutre. Avec la guerre, l’épidémie n’était pas le premier souci des français et des journalistes. Quand à son tour la presse française s’y intéressa, elle la baptisa « grippe espagnole » par facilité.

Caricature parue dans la presse française.

On fut d’abord démunie devant cette maladie nouvelle, d’autant plus que l’existence des virus n’était pas encore connue. Les malades, fiévreux, avaient du mal à respirer et pouvaient mourir en quelques jours. Le personnel soignant était débordé et parfois atteint à son tour.

Les vagues déferlent sur l’Ille-et-Vilaine

La première vague toucha Rennes en mai 1918. Les rapports pour la région signalent « d’assez nombreux foyers de grippe épidémique généralement bénigne ». En Ille-et-Vilaine comme ailleurs, on connut trois vagues. La seconde, de septembre à décembre 1918, fut beaucoup plus sévère.

En septembre 1918, on observe son développement à Rennes, à Fougères, etc. La maladie éclate par « bouffée » dans une caserne, une localité, puis s’évanouit avant de ressurgir un peu plus loin. Le Préfet décide alors de reporter la rentrée scolaire en novembre. Le journal Ouest-Eclair signale qu’avec l’accroissement des inhumations on manque de fossoyeurs aux cimetières de l’Est et du Nord.

Les médecins constatent que le pic de l’épidémie se situe vers le 20 octobre dans la région. C’est le cas à Noyal-sur-Vilaine, où plus du quart des décès de l’année sont concentrés sur ce seul mois. Brécé et Servon sont également très touchés. A Acigné, le surcroît de mortalité est moindre et se manifeste un peu plus tard, en novembre et décembre. A l’examen des registres de décès de nos communes, on y constate une surreprésentation des personnes dans la force de l’âge, entre 20 et 40 ans, indépendamment des soldats morts au front. C’est d’ailleurs une tendance générale de la grippe espagnole et une différence avec la Covid 19.

L’extinction de l’épidémie, après l’hécatombe

Après une dernière vague de moindre ampleur, début 1919, l’épidémie régressa mais des rapports envoyés à la préfecture d’Ille-et-Vilaine signalaient encore des foyers épisodiques jusqu’en 1921. Suffisamment de personnes en ayant eu la forme atténuée et donc étant immunisées, la maladie s’éteignit d’elle-même. Mais le prix en fut immense. Les estimations en France varient de 210 000 à plus de 400 000 morts. On a compté jusqu’à 550 000 morts liés à l’épidémie aux Etats-Unis, 425 000 morts en Allemagne. Si en Europe occidentale 0,5 % de la population en mourut, en Inde ce fut 6 % ! Au total une épidémie mal cernée qui n’est pas sans rappeler la Covid-19.

Auteur : Alain Racineux, Rubrique « Le Saviez-vous ? » bulletin municipal janvier 2021

Pour consulter l’article original au format PDF cliquez sur le bouton ci-dessous :
 
Étiquetté :