TOPONYMIE
Il n’est pas banal qu’une rivière change de nom. C’est ce qui est arrivé à notre cher Chevré. La belle rivière de 46,3 km prend sa source à Val d‘Izé, se jette chez nous dans la Vilaine en un lieu appelé Gould’œuvre après avoir parcouru ses 9,6 derniers kilomètres sur le territoire d’Acigné.

Ce bizarroïde Gould’Oeuvre fait référence à l’ancien nom du Chevré, à savoir la Voeuvre, écrite aussi Veuvre. Cette goule étant synonyme de bouche désigne ici I’embouchure de la Voeuvre. « Gould’OEuvre » s’affiche encore dans la rue du même nom à une portée de fusil du confluent Chevré-Vilaine, non loin de l’« espace-nature de Gould’œuvre » situé, lui, à la jonction des deux rivières.
Même supplantée par le « Chevré », la Veuvre existe toujours mais seulement dans la partie située en amont de I’étang du… Chevré. Elle perd son nom en traversant le plan d’eau qui la rebaptise pour ses 15,4 km restants.
L’appellation découle évidemment du village du Chevré, I’usage populaire ayant sans doute considéré que I’étang était la vraie source de notre rivière.
Seules les cartes IGN récentes continuent de désigner par « Veuvre » la partie aval, les géographes résistant encore à ce « Chevré » peu académique. Même s‘il est plus récent, ce nom est attesté depuis longtemps. Pendant plusieurs siècles on le voit cohabiter avec Veuvre. C’est le cas dès 1665 sur un acte détaillant les biens de l’abbaye Saint-Georges : le moulin du Feu (à Liffré) y est situé « sur la rivière Veuvre et Chevre ».
Même coexistence dans les années 1780 sur la carte de Cassini. La rivière y est flanquée d’une double inscription : « Rivière de la Chèvre ou Veuvre ». Notons que cette Chèvre parfois dite « La Chevré », avec son féminin et son air de cabri, résonne comme un sobriquet affectueux.
Pour ne pas perdre son latin, il faut revenir à la Veuvre primitive, car les noms de rivières sont les plus anciens qui existent. Que nous dit l’étymologie ? Grand maitre de cette discipline, Albert Dauzat part d’une racine celto-gauloise : vobero ou vabero qui a donné naissance à une foule de toponymes notamment dans la Gaule du nord : Voivres, Vèvre, Vabre, Vaure, Vouavre, etc.
On trouve même dans I’est de la France un Woëvre proche de notre Voeuvre. Joseph Loth, éminent linguiste de la faculté de Rennes au début du XXeme siècle indique que leur racine commune veut dire « ruisseau plus ou moins caché » ou encore « coulant sous un bois ».
Il faut imaginer que du temps des Gaulois la Veuvre serpentait sous un vaste massif forestier dont les forêts de Rennes, Sévailles et Chevré ne sont à notre époque qu’un reliquat.
Voeuvre, Veuvre, Chèvre, Chevré, l’abondant lexique de notre rivière n’a pas dit son dernier mot. On la trouve sous le nom de « Vouvre » sur sa carte de la Bretagne établie en 1771 par le géographe Jean-Baptiste Ogée.
Ce n’est pas tout. Dans deux de ses romans situés dans la forêt de Rennes, le Rennais Paul Féval décrit une rivière serpentant du coté de la Bouëxière. Il la nomme Vanvre dans Fontaine aux Perles et Vesvre dans La Louve.
La Veuvre n’est jamais loin.

Pour découvrir le cours du Chevré en vidéo :
Auteur : Georges Guitton
Rubrique « Le Saviez-vous ? » bulletin municipal L’Acignolais.e N°446 MARS 2021
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