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Des troupeaux de vaches traversant le bourg aux premiers « circuits courts »

Dans les années 1950-1960, il y avait quatre fermes dans le bourg d’Acigné, deux dans le « haut du bourg », c’est à dire le secteur des « Clouères » et deux dans le « bas du bourg », cour des Moulins et rue Saint-Georges. Mesdames Marie-Thérèse Letort et Denise Louapre, des fermes du « haut du bourg », nous racontent avec leurs filles comment les habitants et les vaches cohabitaient dans une certaine harmonie.

Pour ces élevages de 15 à 25 bovins, cette situation était à la fois une contrainte, avec les prés situés autour du bourg et sur Noyal, et une opportunité, pour la vente directe aux habitants du bourg.

 

Les vaches étaient bien admises, mais les bouses … !

Mme Louapre explique qu’ « on en a fait des kilomètres pour mener les vaches aux champs. Elles étaient habituées et les gens étaient compréhensifs. Les automobilistes étaient patients et nous n’avions pas de coups de klaxon. Il y en a même qui descendaient pour nous donner un coup de main au passage. »

Le troupeau de vaches de Mme Louapre descendait des Clouères deux fois par jour pour s’abreuver dans une mare au bout de la « rue aux Roches ».

Elle précise toutefois : « s’il était prévu un enterrement ou un mariage, nous menions les vaches dans les pâtures nous évitant de traverser le bourg et de laisser des bouses sur le trajet du cortège ».

Mme Letort relate cette petite aventure : « une nuit, nos vaches, qui étaient dans une pâture du côté des Verdaudais, s’échappèrent. Le matin, plus de vaches ! Nous avons suivi les bouses laissées sur la route et nous avons retrouvées nos vaches dans une prairie du côté de la Lande, à un bon kilomètre tout de même ! »

 

Circuits courts avant l’heure

« On vendait beaucoup de lait aux particuliers, mais aussi du cidre et de la volaille » indique Mme Letort. « Les gens venaient plutôt le soir, après la traite. On versait avec une mesure le lait dans leur pot, qu’on appelait la buie. Il y avait parfois cinq ou six personnes dans la cuisine à attendre leur tour en discutant. Pour les nouveaux arrivants, c’était aussi, avec leurs enfants, le plaisir de découvrir la ferme, les volailles, les lapins… »

Dans ces années-là, on faisait encore le beurre avec des écrémeuses et barattes à main. « Mon père tournait habituellement la manivelle de l’écrémeuse en chantant. Un jour, une procession passait dans la rue. Ma mère lui dit : CHUTT ! » sourit la fille de Mme Letort.

La fille de Mme Louapre relate avec un brin de nostalgie : « On vendait nos mottes de beurre préparées à l’avance. On avait pris plaisir à faire de beaux dessins dessus. »

Les champs disparaissaient … sous les lotissements

La famille Louapre a déménagé à la ferme de Joval en 1967 pour permettre l’extension de l’école publique, derrière la mairie, tandis que la famille Letort est restée dans sa ferme du haut du bourg, à l’entrée de l’actuelle rue des Vignerons, jusqu’à sa cessation d’activité à la fin des années 1980. Ce fut la dernière ferme au bourg, avalée par les lotissements.

«A la fin, c’était plus compliqué, les meuglements, l’odeur du fumier, cela commençait à en gêner certains. Maintenant, on ne pourrait plus déplacer un troupeau sur la route », indique la fille de Mme Letort, aujourd’hui agricultrice dans la campagne d’une commune voisine. « On ne voit pas grand monde dans la journée et  je regrette le tintement des cloches pour les heures, l’Angelus du matin, du midi et du soir, les baptêmes et mariages, etc, qui donnaient beaucoup de vie au bourg, »

 

Auteur : Propos recueillis par André Giffard et Jean-Jacques Blain, rubrique « Le Saviez-vous ? », bulletin municipal de février 2021

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