Balade découverte: Géologie du bâti dans le bourg d’Acigné
Balade découverte: Géologie du bâti dans le bourg d’Acigné
Les constructions dans le centre-bourg d’Acigné sont le reflet de l’histoire et de la géologie locale. Ce circuit simple — la « descente » du bourg en ligne droite, des Clouères à la rue Saint-Georges — permet de croiser des constructions constituées de pierres variées et représentatives d’une époque. Apprenons à les décrypter.
Ce guide démarre place de la mairie, au pied de l’ancienne école publique.
L’ancienne école communale, construite en 1892 est en pierre de grès. Comme tout le grès présent à Acigné, il vient très vraisemblablement de carrières situées à une dizaine de kilomètres, à Liffré et La Bouëxière. qui ont beaucoup servi pour les constructions de qualité en particulier entre 1850 et la Seconde guerre mondiale. L’encadrement de briques des ouvertures est typique des constructions autour des années 1900. Quant au granit taillé qui agrémente de manière originale ces encadrements, sans doute vient-il de la région de Fougères, où se trouve les plus proches carrières de cette pierre. Ce type de façade élaborée et composite, comme pour beaucoup d’écoles communales de l’époque, était une manière pour la République, encore jeune, de s’affirmer.
Commençons à descendre la place de la mairie, en direction de la rue de Calais.
Cette habitation imposante, au coin de la place de la mairie et de la rue de Calais, avec ses chaînages d’angle en granit et ses encadrements de briques, date aussi de la fin du 19e ou du début du 20e siècle. Qui a-t-il sous le crépis ? Des moellons de grès car c’est l’époque. Les marches sont en schiste. Ce quartier des Clouères, bien que commençant à se densifier, était encore agricole et le porche permettait aux animaux et charrettes de transiter entre la rue et la cour derrière. On remarque d’ailleurs un anneau pour attacher les chevaux à l’entrée du porche. L’entrée d’accès au sous-sol en façade, qui était certainement plus profonde avec des marches pour y descendre, permettait d’y glisser des barriques de cidres, des réserves de bois de chauffage, etc.
Descendons la rue de Calais pour nous arrêter sur son côté droit, au niveau du numéro 6.
Au n° 6 de la rue de Calais, escalier constitué de dalles de schiste. Ces grosses dalles de schiste bleu ne proviennent pas de la proche région, où le schiste est plus fragmenté et de couleur tire plutôt vers le gris, le jaune ou même l’orangé si de l’oxyde de fer le teinte. Sans doute viennent-elles de carrières du nord de la Loire-Atlantique ou du sud de l’Ille-et-Vilaine où le schiste est adapté à cet usage, faire des palis ou des auges. Il est assez tendre et on peut le scier. Mais les marches s’usent aussi au fil des passages, comme ici.
Les 12 et 14 de la rue de Calais. Le n° 12, l’actuelle école de musique, est une ancienne ferme, avec son porche pour rejoindre la cour derrière. Ses murs en grès avec les encadrements de fenêtres en brique est caractéristique des constructions autour de 1900. Le n°14 est une maison plus ancienne en bauge, c’est à dire de la terre argileuse compactée.
Au pied du n° 12 de la rue de Calais, à droite du porche, le mur est constitué de schiste du pays et de moellons de grès, ces dernier étant très dégradé. Celui-ci, de mauvaise qualité se délite en sable, retournant à son état d’origine avant sa métamorphose géologique (durcissement sous l’effet de la pression et de la chaleur). C’est d’habitude le contraire, le grès est plus résistant que le schiste, surtout celui du pays de qualité moyenne.
Le pignon du n° 12 de la rue de Calais avec le bauge apparent. Le solin (la base du mur) est en schiste du pays, afin de limiter les remontées d’humidité dans le mur en terre. Les poutres qui apparaissent au dessus correspondent au cadre d’une ancienne cheminée. Beaucoup de maisons du bourg sont en bauge. Quand on voit la façade de cette maison, l’office notarial aujourd’hui, on ne le soupçonnerait pas, mais sous le crépis, ici en ciment, le mur est bien en terre.
Au n°6 de la rue des Forgerons, une façade en granit. le mur de façade, comme le reste de la maison était à l’origine en bauge. Victime d’infiltrations d’eau, un jour de 1953 la façade s’est écroulée brutalement, le reste du bâtiment résistant. Le mur de façade a été remplacé par un mur en granit de qualité permettant d’ouvrir les larges baies de ce commerce. Un rare exemple à Acigné d’usage exclusif de cette pierre.
Continuons à descendre la rue qui change de nom et devient la rue Saint-Louis.
L’église a été construite en 1904, essentiellement en grès, venant comme le plus souvent à Acigné des carrières de Liffré et La Bouëxière. Pour les encadrements d’ouverture on avait une sorte de hiérarchie dans cette période: la brique c’est bien, le granit, c’est encore mieux et le tuffeau c’est le nec plus ultra. La couleur blanche de cette pierre calcaire et la possibilité de la sculpter finement en fait un matériau de choix pour les éléments décoratifs. Dans notre région le tuffeau vient soit de la région de Caen, soit du Val de Loire. Mais sa surface s’altère progressivement, surtout à l’extérieur, nécessitant des opérations de restauration, comme ici pour l’encadrement de la porte.
Toujours en descendant la rue Saint-Louis, on découvre au fond de la place des halles la maison Jarry.
La maison Jarry est située au 14 rue des Forgerons et bénéficie de la perspective offerte par la Place des Halles. Cette maison du 19e siècle, seule en son genre à Acigné, a tous les attributs de la maison bourgeoise urbaine avec un large usage du tuffeau et sa façade finement travaillée se démarque. La famille Jarry était négociant en bois, une activité économique longtemps majeure à Acigné.
Au 5 de la rue Saint-Louis, cette maison à colombage à l’étage date du 16e siècle et est la plus ancienne d’Acigné. A l’origine de grès et de granit (pour les encadrements), des réfections ont été réalisées ultérieurement en schiste, sans doute pour réagencer des ouvertures (par exemple en bas à gauche sur la photographie).
Toujours sur la maison du 16e siècle, des boules sculptées dans le rebord de la fenêtre. Elles étaient réputées protéger de la peste (par analogie avec les bubons, une des manifestations de la maladie). Est-ce l’origine de cette décoration ? En tout cas, au 16e siècle, la peste faisait toujours partie du paysage sanitaire et des angoisses des contemporains.
Poursuivre dans le prolongement en direction de la rue du Grand Four puis de la rue Saint-Georges.
Dans les années 2000, la voirie du centre fut réaménagée avec des murets similaires installés en divers endroits, comme ici rue du Pont Neuf, mais aussi sur les places de l’église, des Clouères,… Ils associent le grès et la brique, rappelant les matériaux utilisés dans de nombreuses constructions du bourg.
Au 9 rue du Grand Four, l’ancien presbytère a été rénové pour y établir des logements. Derrière le bâtiment, l’actuel parking, où on peut accéder, était le jardin potager. Il est entouré d’un beau mur en petits moellons de schiste du pays, du schiste briovérien géologiquement caractéristique du bassin rennais.
L’école Jeanne d’Arc, en grès et avec des encadrements en granit et en briques, a été construite en deux temps, autour de 1900. La partie de gauche est un peu plus ancienne, avec des moellons bruts sortie de carrière, alors que pour la partie de droite, plus récente, les blocs sont taillés.
Le décrochage des murs entre les numéros 11 et 13 de la rue Saint-Georges et son schiste infiltré d’oxyde de fer. Bien que local aussi, sans doute, il est de meilleure qualité que le schiste du mur du jardin du presbytère. Le sous-sol d’Acigné est en effet constitué d’un alternance de schistes briovériens assez durs ou, à l’inverse, plus tendres.
La croix de granit au 12 rue Saint-Georges était initialement dans l’ancien cimetière d’Acigné, autour de l’église. Elle a été déplacée ici lorsque ce cimetière a été désaffectée.
Les salles paroissiales, au ? de la rue Saint-Georges sont les locaux de l’ancienne école privée de garçons. Ils ont été construits en 1933 avec des pierres en grès venant des carrières de la Bouëxière que les parents d’élèves sont allés chercher bénévolement. Ce fragment de mur à l’arrière du bâtiment et visible rue Beau Rivage illustre la variabilité de ce grès, dont la teinte peut varier d’un bloc à l’autre et comprenant, pour certains, des veine de quartz blanc.
Cette ancienne longère au 27 rue Saint-Georges est composé de plusieurs éléments d’âges et de matériaux différents. On y trouve des murs en schiste (à gauche), en grès et en granit (encadrement de la porte de l’élément central). Les parties supérieures de éléments du milieu et éloigné crépi recouvrent les partie en bauge des murs. Dans tous les cas, la bauge est en effet monté sur un « solin » en pierres. Au premier plan, l’auge en granit posé au sol est une section d’ancien pressoir à pommes. Une fois les bouts cimentés, cela fait de grands bacs à fleurs. On en trouve d’autres sections dans la cour.
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