La Poste a aujourd’hui quitté Acigné pour cause d’effondrement de l’activité courrier, il est bon de se rappeler le rôle éminent des PTT dans les communes de la République. À côté de la mairie et de l’école, la poste représentait dans les bourgs ruraux le troisième pôle public, chouchouté par les élus et respecté par les habitants.
Ainsi au début des années 30, la municipalité d’Acigné présidée par Pierre Aubrée décida de mettre le paquet pour édifier une poste neuve. L’ancien bureau logé dans la grande bâtisse de la rue de Calais, à droite de l’Épicerie du Porche, était trop vétuste et d’accès malaisé. Lors de sa séance du 20 juillet 1931, le conseil municipal vota donc la construction d’une nouvelle poste, en acceptant le devis présenté par l’architecte qui s’élevait à 90 000 francs (environ 60 000 euros), somme empruntée sur 30 ans au taux de 6, 50 %.

La signature de l’architecte Pierre Laloy
Pour l’architecte, la commune n’avait pas le choix : elle dut recourir à celui du département qui était aussi l’architecte régional des PTT, à savoir Pierre-Jack Laloy, haute figure de la profession dans l’Entre-deux-guerres. Si son père, le très laïque Jean-Marie Laloy est l’auteur de 95 écoles en Bretagne, son fils Pierre-Jack n’est pas en reste : Préventorium Rey-Leroux à La Bouëxière, École normale de filles de Rennes (actuelle Science Po), gendarmerie de Saint-Aubin-d’Aubigné, mairies de Bécherel et de Châteaubourg… la liste est abondante. Sans oublier les postes par dizaines : Cancale, Quimper, Morlaix… et Acigné.
« Pierre Laloy a couvert la Bretagne de bureaux de poste qui mettent en valeur les matériaux locaux à travers une grande variété formelle », note l’historien de l’architecture Daniel Le Couédic. Pendant plus de trente ans, en associant Art déco et régionalisme breton, Pierre-Jack déploya « une inventivité sans borne » avec le souci, confiait-il, de « rester couleur locale et dans une note simple ».
Le dessin de la poste d’Acigné, inaugurée fin 1932, appartient à cette veine. À la fois moderne et respectueuse du passé, sa façade affiche une belle et sobre harmonie. À la demande des PTT, la municipalité avait aussi investi dans un équipement très nouveau : une « cabine extérieure de nuit installée dans la profondeur du mur de façade ». Ce poste public « à encaissement automatique » devait permettre de téléphoner en dehors des heures d’ouverture du bureau sans passer par la standardiste locale.


La façade définitivement protégée
Après quatre-vingt-dix ans de loyaux service, malgré notre population en hausse, l’aventure postale s’est achevée au début des années 2020. Mais tout n’est pas complètement perdu. Consciente de l’intérêt architectural de notre désormais « ancienne poste », la Ville-propriétaire a décidé de la protéger. Ainsi depuis trois ans sa façade de 1932 bénéficie d’une « protection patrimoniale » inscrite au Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUI). Concrètement, cela veut dire qu’elle ne sera jamais démolie.
Après la désaffection du service postal, il nous reste donc les murs, témoins d’un geste architectural et d’une sociabilité d’un autre temps. C’est une consolation – bien maigre, diront certains – de savoir que ce bâtiment emblématique restera fixé à jamais dans notre paysage urbain. Sans compter que l’intérieur a été réaménagé pour servir aux associations.
Auteur : Georges Guitton, rubrique « Le Saviez-vous ? », bulletin municipal de mars 2023









