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Français par le sang versé – L’Acignolais avril 2013

Français par le sang versé

FAMILLE LIVYNS

S’il vous arrive de rendre visite au cimetière d’Acigné, vous remarquerez peut-être une tombe au nom flamand. L’histoire en est à la fois simple et tragique.

Français par le sang versé
Julien Livyns transportant ses 4 enfants en chariot peu avant la guerre.

Julien Livyns était Belge, né à Roulers en pays flamand. Embauché comme serveur à l’entreprise textile « La Lainière de Roubaix », il y rencontra sa future femme, Marie Delangue. Ils se marièrent le 7 juin 1930, résidèrent à Roubaix et eurent 4 enfants : 2 garçons et 2 filles (dont une habitante actuelle d’Acigné).

Mais la guerre éclata le 3 septembre 1939. Par amour de son pays d’adoption et dans l’espoir d’obtenir plus facilement la nationalité française, Julien Livyns s’engagea comme soldat au 22° régiment de marche des Volontaires Étrangers. C’était risqué pour sa famille mais comme beaucoup, il était alors persuadé que la France vaincrait.

Formé au camp de Barcarès, puis à celui du Larzac, il est envoyé au front en mai 1940. Il se trouve alors à 110km au sud de Roubaix, lorsque le 5 juin 1940 les Allemands déclenchent le « Plan Rouge » : artillerie et panzers attaquent les positions françaises sur la Somme.

Mal équipés, les Volontaires Étrangers se battent vaillamment et retardent l’avance ennemie mais ne peuvent empêcher l’effondrement de nos lignes. Au début de cette offensive, un soldat voisin et ami conseille à Julien Livyns de fuir. Celui-ci refuse pour ne pas déserter.

Le 6 juin il est tué d’un éclat d’obus à la tête à Fresnes-Mazancourt (Somme). C’était la veille de son 10ᵉ anniversaire de mariage. Son corps repose actuellement au cimetière militaire de Condé-Folie (Somme).

Dans l’extrême confusion de cette période de débâcle, Madame Livyns ne reçut plus de nouvelles de son mari. Était-il prisonnier ? Était-il hospitalisé ? Inquiète du silence prolongé sur son sort, elle interrogea deux ou trois voyants, qui tous lui dirent qu’il était vivant !

Ce n’est qu’au début janvier 1941 qu’elle reçut de la mairie l’avis de décès de son époux. L’employé, n’osant lui annoncer la nouvelle, se contenta de glisser le courrier sous la porte.

Ce fut une rude épreuve, et cette veuve chargée de famille dut rallonger ses journées de travail en vendant du lait pour compléter son salaire.

Marie Livyns reçut une pension de veuve de militaire « mort pour la France ». Ses enfants furent reconnus pupilles de la Nation en janvier 1942. Grâce à un trajet SNCF annuel gratuit, ils allaient chaque année se recueillir sur la tombe de leur père.

Une de ses filles, Marie-Paule, ayant épousé un postier originaire de Rennes, vint s’installer à Acigné en 1973. Elle y recueillit sa mère vers la fin de sa vie. Celle-ci décéda en 1984 et fut inhumée à Acigné. Ainsi se terminent son histoire et ses peines.

Mme Veuve Livyns avec ses enfants devant la Lainière de Roubaix

Auteur : Alain Racineux
Rubrique « Le Saviez-vous ? » bulletin municipal avril 2013

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