HISTOIRE DE FAMILLE
La famille des seigneurs d’Acigné a connu de nombreux enfants. Au XVe siècle Guillaume, fils de Jean V d’Acigné, fonda une branche cadette – dite d’Acigné de Grandbois – en Bretagne par son mariage avec Françoise Péan de la Roche-Jagu. Sa descendance n’en fut pas moins glorieuse que celle de la branche aînée. En effet en juillet 1684, Anne-Marguerite d’Acigné, fille de Jean-Léonard d’Acigné, comtesse de Grand-Bois et de La Roche-Jagu, épousa Armand-Jean de Vignerot du Plessis, 2e duc de Richelieu. Il était apparenté au fameux cardinal de Richelieu. Celui-ci, ecclésiastique, ne pouvant transmettre son titre de duc à ses descendants, le lui attribua, car il était l’aîné de ses petits-neveux. Ainsi le mari d’Anne-Marguerite devint immensément riche et très titré : Pair de France, Prince de Mortagne, Général des Galères de France, Gouverneur du Havre, comte, marquis et baron de diverses possessions, etc. Aussi ce mariage fit-il jaser certains. La marquise de Caylus exprima dans ses « Souvenirs » toute la jalousie que cela lui inspirait.

Voici ce qu’elle écrivit d’une plume trempée dans l’acide : « Madame de Richelieu, sans biens, sans beauté, sans jeunesse, et même sans beaucoup d’esprit, avait épousé par son savoir-faire, au grand étonnement de toute la Cour et de la Reine-mère qui s’y opposa, l’héritier du Cardinal de Richelieu, un homme revêtu des plus grandes dignités de l’État, parfaitement bien fait, mais il était aisé de s’emparer de l’esprit de Monsieur de Richelieu. Avec de la douceur et des louanges, il n’y avait rien qu’on ne put obtenir de lui… » Ce sont des méchancetés, car en réalité si Anne-Marguerite d’Acigné se maria à 31 ans, elle n’était ni laide ni pauvre ni sotte. Dame d’honneur de Madame la Dauphine, elle était la protégée de Mmes de Maintenon et de Montespan, et bénéficiait de la considération du Roi. Mme de Caylus avoue même que le 2e duc de Richelieu et sa femme « avaient du goût pour les gens d’esprit et ils en rassemblaient chez eux. Ce qu’il y avait de meilleur à Paris en hommes et en femmes y venait ! »
Anne-Marguerite d’Acigné supporta les caprices de son mari, qui finit par se ruiner au jeu. Elle mourut en 1698, laissant quatre enfants : un garçon et trois filles. Son fils Louis-François-Armand, maréchal de France, devint célèbre autant par ses frasques que par son renom militaire (il prit une part décisive à la victoire de Fontenoy). Il fut surnommé l’Alcibiade français. L’aînée des filles, Armande épousa le marquis du Châtelet. Les deux autres se firent religieuses. Le château de Richelieu en Touraine fut malheureusement démantelé par son acquéreur au XIXe siècle. On y trouva dans le cabinet du roi de beaux tableaux, dont le portrait d’Anne-Marguerite, attribué à Paul Mignard. Il se trouve actuellement au Musée des Beaux-Arts d’Orléans. On y voit représentées ses armoiries, témoignant ainsi de la gloire du nom d’Acigné au XVIIe siècle.
Auteur : Alain Racineux
Rubrique « Le Saviez-vous ? » bulletin municipal septembre 2013
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