Il y a 18 mois, nous découvrions avec stupeur sur les routes d’Acigné la mise en place par Breizhgo, le réseau de transport dépendant de la région, de panneaux routiers avec des noms bretons incongrus. Nous avons réagi et s’en est suivi un échange de courriers avec L’Office Public de la Langue Bretonne, à la manœuvre pour baptiser à sa manière les communes et les villages, puis avec la Région Bretagne.

En mars, dans son courrier le président de la Région Bretagne Loïc Chesnais-Girard reconnaît à demi-mots que ses services ont eu tort d’oublier d’inscrire le nom gallo d’Acigné sur les panneaux des abribus en regard du nom breton Egineg. Il promet que cela sera corrigé. Pour le reste, il ne cède en rien sur la démarche de bretonnisation forcée du nom Acigné, démarche dont la Région est à l’origine et dont nous contestons la validité. Nous, c’est-à-dire les associations Acigné Autrefois et le Moulinet d’Acigné.
Récapitulons cette affaire et ses derniers rebondissements.
L’affaire Egineg commence en janvier 2025 quand nous découvrons la présence de ce nom inconnu accolé à celui d’Acigné sur la signalisation des arrêts de cars scolaires BreizhGo ici et là dans la campagne. D’où sort cet étrange toponyme ? Pour le savoir, nous enquêtons et remontons à l’Office public de la langue bretonne, cet organisme chargé de veiller à la mise en breton de tous les noms de lieux.
Acigné ne dispose pas d’un tel nom et pour cause puisqu’on n’y a jamais parlé breton. Alors les militants de l’Office réunis dans une commission de toponymie ont été réduits à inventer pour nous un nom tout neuf. Ce sera Egineg (prononcez « aiguinaigue ») par référence à une improbable origine celtique et au prix de quelques contorsions phonétiques qui voudraient qu’E-gi-neg soit à la racine d’A-ci-gné. C’est ce que nous expliquent les gens de l’Office de la langue bretonne en réponse à nos questions.
Quatre raisons de s’indigner
Le côté surréaliste et non scientifique d’une telle proposition est déjà choquant en soi. Ce qui est plus choquant encore c’est que l’ovni Egineg n’a fait l’objet d’aucune concertation, ni avec la population ni avec ses représentants, qu’il s’agisse du maire ou des conseillers municipaux, ce qui aurait été la moindre des choses. Pire, les instigateurs du néologisme Egineg – concocté dans les années 1990 – n’ont jamais cru bon d’informer le public de leur trouvaille. Qui, de fait, resta cachée, jusqu’à sa résurrection récente sur les arrêts de cars, ainsi qu’à la gare de Noyal-Acigné. Enfin, et c’est le pompon ! Non contente de nous imposer un Egineg zombie sur ses panneaux, la Région escamote complètement le vrai nom d’ici, à savoir le Acignë gallo. Cherchez l’erreur.

Nous avons rendu compte de nos recherches et fait état de notre indignation dans deux articles parus dans notre Feuille de Chou en juillet 2025 et dans le bulletin municipal L’Acignolais-e en novembre 2025. Face aux réactions spontanées de rejet d’Egineg exprimées les Acignolaises et les Acignolais, nous avons aussi décidé d’écrire à Loïc Chesnais-Girard, le président de la Région, pour lui faire part de notre « stupéfaction » et en tout cas de notre protestation : devant le déni du gallo, devant l’absence de concertation-information, devant une bretonnisation forcée, au mépris de l’histoire et à de fins disons « identitaires ».
La réponse du président Chesnais-Girard
Dans sa réponse, envoyée seulement à la mi-mars, le Président réaffirme que la politique de la région est celle du trilinguisme français-gallo-breton. Cela correspond « à une attente d’une partie importante de la population ». Aussi, il l’admet, « les nouveaux arrêts de car d’Acigné auraient dû comporter la forme en gallo du nom de la commune, Acignë ». Il promet que « cette situation sera rectifiée dès le renouvellement des poteaux concernés ».
Pour le reste, le Président se refuse à formuler un avis sur l’étrange forme du nom Egineg. La Région n’est pas compétente pour juger, dit-il, elle « s’appuie, sur l’expertise » de l’Office public de la langue bretonne « qui fait référence en la matière ». Sans même évoquer l’absence de concertation, M. Chesnais-Girard réaffirme le credo de la Région en faveur de la signalétique bretonne en Haute-Bretagne s’appuyant pour cela sur un sondage de 2024 où il apparaît que 71% des Hauts-Bretons « se déclarent favorables à la présence de panneaux routiers bilingues français-bretons ».
Nous restons vigilants
Pour clore, provisoirement, le débat, nous avons adressé une nouvelle lettre au président de la Région. D’abord pour le remercier de reconnaître l’oubli fautif de notre nom gallo. Ainsi que pour souligner deux autres points. À savoir qu’Egineg « martyrise phonétiquement sans raison » notre toponyme et que jamais nous nous approprierons un terme aussi « linguistiquement non avenu ».
Ensuite, pour lui signaler que juridiquement seule une délibération du conseil municipal a vocation à modifier le libellé des noms de la commune et des lieux-dits sur des panneaux routiers et autres signalétiques officielle. À l’avenir, une concertation locale et une validation municipale devront, selon nous, être le préalable à tout affichage de ce type. Contre le « centralisme culturel » qui voudrait nous imposer Egineg, nous demandons au président de Région de sensibiliser ses équipes à la nécessité de veiller dans de pareils cas à engager un réel dialogue avec les citoyens concernés.
Ainsi le chapitre Egineg se trouve clos. Du moins provisoirement car nous restons sur nos gardes. Nos deux associations veilleront à l’avenir à ce que les appellations à tendance néo-bretonne ne s’imposent pas d’une manière sauvage dans notre paysage. Car le risque de prolifération existe. En plus d’Egineg sont apparus récemment sur des abribus d’Acigné des traductions en breton de noms de villages. Ainsi le Chesnais se trouve-t-il doublé d’un « Dervenneg ». Où cela s’arrêtera-t-il ?









