QU’EST-CE QUE LE GALLO ?
Cette langue populaire de Haute-Bretagne, autrefois familière à une majorité d’Acignolais, n’a pas été perdue. Au-delà de sa dimension patrimoniale, le gallo présente de nombreux attraits qui font qu’on s’y attache et que nombreux sont ceux qui se mobilisent pour le faire vivre.

Des expressions souvent imagées
Voici quelques exemples d’expressions qui étaient en usage ici comme dans toute la Haute- Bretagne (Haote Bertègn). Le temps s’abernaodi (s’assombrit), les poules s’acroupiotent, i va nous chë (l’écriture phonétique ë se prononce eu en écriture à la française) eune renaopée (averse). Tourner folaod ! (devenir fou) ! Qe c’ét-i cor’ q’tu bouines (bricoler, lambiner) ? ; Je se lassë (fatigué), je vâs mai fére eune p’tit merienne ! (sieste). Asteure (maintenant) je së benèze (content). Qui n’a jamais cllenchë sa porte avant de balossë cante sa vaizine dans le courtil (fermé sa porte avant de bavarder avec sa voisine dans le jardin).
Qui n’a bouinë avant de mettr’ en route eune jouerie de pièces (jeu de palets) o sa coterie (partenaires) ? Vous en connaissez d’ailleurs plus que vous ne croyez car la toponymie locale est truffée de gallo avec, par exemple, le hameau de La Heudinière (un heudin étant de l’ajonc) et à proximité on peut découvrir l’exploitation et ferme pédagogique des “génissons dans l’courtil”. Mais aussi Le Boulais (bouleau), Grébusson (terre grasse), Chesnay (chêne), Janaie (également ajonc), Clos Richard (espace clos à Richard), La Noé (vallée humide), Vernay (lieu planté d’aulnes, du gaulois verna : eau), La Bouëxière (forêt de buis).

De l’humour bon enfant
À Acigné on se fera appeler les rouchous (mangeurs) de qheües d’vache, gentille moquerie prononcée par nos voisins. Les gentilés ne sont pas en reste de termes gallos : Les étourniaux à Liffré, les miettouz (ceux qui n’ont que des miettes) à Noyal, les fieraods (fiérots, orgueilleux) à Ercéprès- Liffré, les pomes qhetes (cuites) à Marcillé-Raoul, les soupiers (amateurs de soupe) à Dourdain. Avant tout langage parlé, le vocabulaire gallo est souvent évocateur : J’ai un bourier (poussière) den l’euil ; Le ramasse bourrier (la pelle) ; Elle a eqhessë (déchiré) sa devantière (tablier) ; I n’a du soui (désordre) den le cârouje (carrefour) ; Ferme don la couézée (croisée, c’est à dire fenêtre) ! ; J’ai les dais (doigts) tout guerouë (gelés). Et pour parler de situations contemporaines, à défaut de mots originaux en gallo, resteront des tournures de phrases originales, témoignant d’un rapport concret avec la réalité quotidienne, par exemple faire de l’essence avant de ramasser l’auto.
Un réseau de passionnés
De très nombreux acteurs, instituts, souètes (associations), se font les faire-valoir de ce patrimoine linguistique et culturel comme la Granjagoul (Parcé), le média Radio Plum’FM, l’Institut du Gallo, le Moulinet d’Acigné, Bertègn Galèzz (Rennes), Chubri (Rennes), Gallo-Tonic (Liffré), l’atelier Gallo de la MJC de Servon, sans oublier l’association Acigné Autrefois et tant d’autres encore. Ils en sont les porte-voix. Ils oeuvrent pour la reconnaissance et la promotion du gallo en diffusant et valorisant cette succulente langue de Haôte-Bertégn sur notre territoire.
Le gallo reflète notre histoire, il la raconte. Il est la mémoire des lieux, de nos traditions, il est aussi un vecteur de convivialité. Relisez les exemples plus haut avec naturel et, vous verrez, vous sourirez.
Eune fai le temps pernez du hait (plaisir) a caosë gallo e delechez (savourez) !
Auteur : Thierry Besnard
Rubrique « Le Saviez-vous ? » bulletin municipal mai 2025
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